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La forêt, une amie ?


Samedi dernier, alors je partais pour ma promenade méditative du matin, j'ai eu la douleur de découvrir que le petit sentier de la forêt avait subi en un jour un désastre sans nom.

Je l'ai trouvé défiguré, violenté par une grosse machine qui a arraché tout ce qu'elle a trouvé sur son passage et élargi le sentier pour passer ses grosses roues afin d'entreprendre, à priori des travaux de bucheronnage.

Dans cette intrusion violente, beaucoup de mes alliés non-humains perdirent la vie ou furent délogés ou blessés sans ménagement. De nombreux "amis" arbres, gisaient, sciés en contre bas du chemin, d'autres offraient aux regards leurs mutilations : racines arrachées, troncs sauvagement entaillés...Des rochers énormes qui dessinaient les jolies courbes d'un passage avaient été arrachés du sol et poussés négligemment pour laisser place à un bel aplat sans vie. La terre du chemin semblait éviscérée, et ce sur toute la longueur de celui-ci, jusqu'au torrent, si joyeux auparavant, à qui, peut-être on réservait un triste sort... Il était déjà couvert d'une belle série de troncs coupés, alignés au petit pont qui l'enjambe.

Le choc un peu amorti, (jusqu'à ma prochaine promenade, si j'arrive à retourner sur les lieux), j'ai pu commencer à réfléchir sur ce que cette expérience pouvait bien avoir à m'apprendre ...



Cela m'a permis de constater plusieurs choses :

La première, c'est qu'il est réellement possible de créer un lien intime avec les autres règnes, même si on ne comprend pas leur langage qui nous est totalement étranger et n'utilise pas de mots.

Et pour preuve éprouvée : je me sens dans un état de deuil bien réel et tout à fait similaire à ce que j'ai pu vivre au moment de décès d'humains proches et aimés. Avec tout le lot de tristesse de les voir disparus et de gratitude pour ce qu'ils m'ont apporté, par leur présence, par ce qu'ils dégageaient. Et pas seulement par ce qu'ils disaient ou faisaient.


Dans le même temps, en écrivant cela, j'entends penser certains humains : " peuh... des amis arbres ! Elle est complètement perchée celle là ! " . C'est évidemment cette incompréhension là qui explique pourquoi on s'est permis cet acte dévastateur, et tous les autres, à bien plus grande échelle sur Terre.


Pourquoi le fait d'être ému par la beauté d'un arbre, d'avoir créé un lien de paix, d'émerveillement, de respect et de considération avec lui apparait aujourd'hui comme une folie ridicule et risible ? Pourquoi quand on passe un moment agréable auprès d'un être humain, on peut envisager que cette personne soit un(e) ami(e)... Mais cela ne vaut pas pour un arbre ... et à peine pour un chat ...?


Nous ne savons plus être en relation avec ce qui est différent. Seul un être qui pense, raisonne et parle avec des mots est digne de considération ... et encore ! Il suffit de voir comment l'humain est traité dans certaines entreprises ... Réduit à de la "ressource humaine". Du consommable, quoi ...


D'autre part, cette expérience me donne l'occasion de développer mon empathie vis à vis du règne animal . J'éprouve ce que j'imagine les renards vivent quand ils reviennent de la chasse et qu'on a subitement détruit leur habitat.

Ici, ce n'est pas un habitat pour m'abriter physiquement que je perd, mais je réalise que c'était la maison de ma vie spirituelle et intime, c'était comme une église pour venir me relier à ce qui me dépasse, au grand mystère de la vie, et prendre soin des parties fragilisées, ou intoxiquées en moi qui avaient besoin de se transcender, de se transformer, de se purifier des émotions sombres. Je vivais en ce lieu une sorte de "confession végétale" et non culpabilisante ! Une fois que j'avais clarifié et assaini ma vie intérieure, je repartais souvent avec des chants dans le coeur et dans la voix, (plutôt que des chapelets de "Notre Père". ) C'était comme un cadeau de la forêt pour me signifier que j'étais guérie, lavée de mes sombres et basses énergies. je pouvais revenir dans le monde avec le meilleur de moi-même à offrir. La simple présence de la forêt, son calme, son harmonie, sa danse incessante où la vie et la mort s'entrelaçaient ... Tout cela contribuait à me mettre en paix.


Je me demande ce qu'a bien pu ressentir la personne qui conduisait cet engin - qui devait être titanesque-, quand il est arrivée à l'entrée de ce si joli sentier et que sur son passage, il a tout broyé, aplani, dégommé ? A t il ressenti du "rien" ? De la satisfaction, comme on aurait fait tout bien tout propre ? Un sentiment de puissance ...?

J'imagine qu'il a peut-être pensé qu'il faisait son travail de "prendre soin de la forêt". Car, il est vrai que beaucoup d'arbre sont malades du Bostryche à cause de réchauffement climatique. La forêt est donc en mutation. Certaines espèces se meurent et d'autres apparaissent.

Selon le point de vue Occidental -avec ses normes hygiénistes maladives-, la forêt a besoin d'être nettoyée de ses "cadavres", ce qui permet également de répondre à un besoin économique et en ressources de bois.


Mais selon le point de vue du vivant ... La forêt à-t-elle réellement besoin d'une intervention humaine pour que sa vie perdure et demeure riche et fertile ? L'intervention humaine va-t-elle réellement l'aider à faire sa mutation pour s'adapter au changement climatique ...?


Nous voilà encore en prise avec ces questions qui interrogent notre place, notre rôle en tant qu'humain dans ce grand écosystème (dont nous faisons partie "comme tout le monde" !). Notre capacité à penser, à juger ce qui est bien ou mal nous mène à sortir de l'ordre du monde et à croire qu'on n'a pas à s'y soumettre. Jusqu'à quand ?



3 Comments


Bonjour Charlotte

Ton texte raisonne tellement en moi. J'ai déjà ressenti cette déchirure, cette intrusion dans notre chemin secret... le monde des arbres. Ce monde qui nous ressource et qui fait tellement de bien. C est aujourd'hui un fléau et ces hommes qui font ce "sale" boulot n'ont pas d'amour pour les arbres . Je n'ose te demander à quel endroit cela c 'est produit. bise de Laval (53)

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Merci Charlotte de ce partage. J'ai un ami arbre. Peut-être que je suis perchée... te lire m'a directement connectée à lui. Depuis deux ans, maintenant, à chaque fois que je vais le voir, je me rends compte que j'ai peur de ne plus le trouver. Et je suis toujours soulagée dès que je l'aperçois. C'est un grand hêtre. Il m'a si souvent accueillie... il est tellement magnifique. Je t'embrasse.

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https://www.marianne.net/societe/les-religions-meconnues-le-jainisme-religion-athee


et des grosses bises pour toi chère Charlotte car j'aime beaucoup ce que tu écris avec ta sensibilité au Vivant.

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